Grâce à Cristiana Morganti, Pina Bausch vit un peu plus avec nous
Cristiana Morganti: Moving with Pina © Sabrina Cirillo
Elle était l’un des visages iconiques de la compagnie de Pina Bausch. Cristiana Morganti, la pétillante Italienne, a dansé et joué dans les créations du Tanztheater Wuppertal pendant deux décennies. Son solo Moving with Pina est un regard personnel sur cette période, plein d’humanité, de tendresse et de lucidité.
Moving with Pina est un spectacle qui fait sens, à plus d’un titre. Double sens du titre, par ailleurs, car « Moving » signifie à la fois le mouvement dansé du corps et le fait de partir en tournée, avec Pina. Ce solo fait sens pour le public qui peut y voir comme un making of général des spectacles de la troupe de Wuppertal, en toute subjectivité morgantienne. Et il fait sens pour son autrice et interprète, qui peut ainsi parler de ses états d’âme et amortir le choc du décès abrupte de Pina Bausch, il y a dix ans.

Cristiana Morganti : Moving with Pina © Sabrina Cirillo
Morganti était jeune quand elle a rejoint la compagnie, et « Faire sa place dans la troupe n’a pas été facile », comme elle le confie dans le livre « Danser Pina » de Rosita Boisseau, livre qui vient de se voir décerner le Prix de la Critique du meilleur livre de danse 2018/19. Dans le livre, Morganti se raconte par les mots. Sur scène elle privilégie le corps. Le livre et son solo font corps, l’écrit permettant d’élargir le regard, grâce aussi aux interviews des dizaines d’autres interprètes de Pina Bausch qui y sont présentés. Et le spectacle permet de sentir par le corps et par la chorégraphie ce qui échappe aux mots. On recommande donc de se procurer l’ouvrage à l’occasion…

Cristiana Morganti: Moving with Pina © Sabrina Cirillo
Morganti y évoque le processus collectif de création chez Bausch où « tout le monde se mettait en jeu d’une façon incroyablement généreuse. » Mais il faut dire aussi qu’il est rare de tomber sur une personne aussi généreuse que Morganti, ce que l’on ressent bien depuis la salle. Si elle monte sur le plateau pour nous parler de son temps au sein de la compagnie, elle le fait aussi dans l’idée d’un vrai cadeau pour les spectateurs qui l’ont tant aimé au cours de ses vingt ans bauschiennes.
« Dans les spectacles, j’étais souvent drôle, ironique et j’avais l’impression d’avoir une présence qui contribuait à chauffer l’atmosphère… Mais peut-être que je me trompe. » Voilà ce qu’elle disait, face à Boisseau. Non, assurément, elle ne se trompe pas. On ne peut qu’être d’accord et Moving with Pina, le premier spectacle de Morganti créé en dehors de la compagnie, le confirme avec brio.
Thomas Hahn
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